La question se pose.

À l’écran, Pascale demande :

– Mais est-ce que ça tient la route, de le jouer comme ça, le texte ?

(Avec un accent suisse.)

La question nous oblige à formuler ce qui, jusqu’à maintenant, n’était qu’une intuition. La pièce de Richter n’a en effet pas été écrite pour être jouée ainsi, avec les deux acteurs séparés par un océan et un écran. Le sens du texte s’en trouve nécessairement modifié. Comment ?

Dans le texte tel que publié, les personnages se mettent en scène ensemble : leurs corps existent dans un même espace, qu’ils filment et projettent, à la télévision ou sur Internet. Ils sont des acteurs au service de leur propre spectacle. Ici, par contre, leurs réalités sont séparés et ne peuvent se rencontrer qu’à l’écran, sorte de chambre de motel virtuelle où il est possible de s’aimer. Ils ne font pas que se mettre en spectacle, ils ont besoin du spectacle pour exister. Ils se regardent eux-mêmes à l’écran et assistent à leur propre vie. Ils ne sont pas acteurs, mais font d’eux-mêmes leur propre avatar. Si le texte, comme il a été écrit, parle de deux personnages incapables de vivre toute forme d’intimité, la mise en scène que nous explorons ici entend que l’intimité n’existe plus. En fait, que la réalité n’existe plus. Elle ne sert que de matériau pour ce qu’eux considèrent la vérité: ce qui est à l’écran, seule et unique réalité. Le propos est en ce sens le même, mais plus radical.

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