« Créer des outils pour la pratique, et non des pratiques pour utiliser les outils. »

nouvelles technologies 150x150 Créer des outils pour la pratique, et non des pratiques pour utiliser les outils. dieu est un dj insanë insane in sane insan e julien brun vincent de repentigny falk richter guillaume corbeilUn enthousiasme partagé par à peu près toutes les sphères de la société entoure aujourd’hui l’utilisation de la technologie. Les technologies nous ravissent, voire nous éblouissent : je me souviens d’avoir suivi des yeux, la bouche grande ouverte comme si j’avais croisé Scarlett Johansson, le premier iPad que j’ai vu dans ma vie. Dans la nouvelle technologie, on voit des mondes possibles, la promesse du futur. C’est le propre de l’homme que d’être attiré par la modernité, elle qui a toujours permis un monde meilleur, des outils techniques de la renaissance au micro-ordinateur, en passant par le chauffage, l’automobile et quoi d’autre ? On a même cru qu’un jour, grâce aux robots, nul n’aurait à travailler et s’érigerait une société des loisirs.

Le domaine des arts n’a pas échappé à cet enthousiasme, alors que se multiplient les recours aux machines et aux robots. Le danger, selon moi, c’est que l’on soit en train de faire d’un outil un contenu. Qu’on promeuve l’utilisation de la technologie au détriment de ce que l’on en fait. L’expérience artistique se réduirait alors à un tour de manège, pendant lequel le spectateur ressentirait quelque chose, mais ne vivrait rien du tout. Le cinéma 3D, par exemple, se contente souvent de sa seule autopromotion, le faisant souvent ressembler à un vulgaire show de boucane. Wim Wenders et sa Pina aura heureusement amené le 3D sur le terrain de l’art.

sat metalab Créer des outils pour la pratique, et non des pratiques pour utiliser les outils. dieu est un dj insanë insane in sane insan e julien brun vincent de repentigny falk richter guillaume corbeilJ’ai donc accueilli avec joie les propos d’Alexandre Quessy, du Metalab (laboratoire de recherche et de développement de la Société des arts technologiques (SAT)). Il disait créer des outils pour répondre à la pratique, et non pas créer des pratiques pour répondre aux outils. Si la formule est très bonne, elle ne va pas sans complexifier son travail : à la SAT, les programmeurs conçoivent des logiciels sur mesure selon les besoins des artistes.

Il faut penser l’art pour son contenu, non les moyens qu’il utilise pour l’exprimer. Les technologies – comme tous les médiums – doivent être au service de quelque chose : d’un propos, d’une vision du monde, d’une critique… Il est évident que les technologies représentent un enjeu de notre époque. Au théâtre, je me méfie aussi des puristes qui les refusent au nom d’une certaine pureté de leur art. Pour parler de notre temps, quelle meilleure façon que d’avoir recours à ses propres armes ?
À mon sens, c’est ce que nous essayons de faire avec DIEU EST UN DJ.

L’expérience est paradoxale, comme doit sans doute l’être toute œuvre d’art : nous contribuons avec la SAT au développement de la télé-présence, tout en questionnant l’impact de ces nouveaux modes de communication. On promeut et critique. On défend et attaque. N’est-ce pas là notre posture à tous face à la technologie : on s’émerveille d’une application de iPhone tout en étant parfois effrayé par l’invasion de notre monde par les technologies ?
En fait, c’est là le sens premier du théâtre, du dialogue, où deux logos s’opposent pour amener le spectateur à se poser des questions.

En terminant, je voudrais remercier Alexandre Quessy et Michal Seta , qui nous ont accompagnés lors de cette résidence dans les murs de la SAT, ainsi que Mike Wozniewski, Nicolas Bouillot et Michaël Richard, qui ont tous les trois travaillé sur le logiciel Mixologic, que nous utiliserons pour notre mise en scène.

Poster un commentaire

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>