Dieu mis au défi

Après mon dernier blog, Vincent de Repentigny, metteur en scène de l’hémisphère montréalais du spectacle DIEU EST UN DJ, réagissait dans ma boîte courriel: «La division entre deux réalités est nécessairement vouée à l’insatisfaction. Mais alors, qu’est ce qui nous force à provoquer ces situations? J’ai le sentiment que la réponse se situe quelque part dans notre dépendance à l’immobilisme.»

L’an dernier, ici même, j’avais parlé de notre désir de nier l’espace. Les technologies sont en train de créer un monde dans lequel la distance cessera d’exister. C’est ce qui a amené Michel Houellebecq (propos aussi rapportés sur ce blog) à affirmer que les villes disparaîtraient sous peu.

World Map Drawn By Facebook Connections 1024x509 Dieu mis au défi  dieu est un dj insanë insane in sane insan e julien brun vincent de repentigny falk richter guillaume corbeil
.
La question qui est maintenant posée, c’est de savoir si notre soif technologique est motivée par ce désir de ne plus bouger. Autrement dit, sommes-nous en train de nier l’espace uniquement parce qu’il est plus simple de vivre dans un monde où cette variable n’existe plus? Répondre par l’affirmative est à mon sens trop simple. Sinon, on ne verrait jamais de ces scènes typiques de l’ère technologique, où deux personnes sont assises face à face, les yeux rivés sur leur téléphone dit intelligent, en train de communiquer avec celui qui n’est pas là plutôt que celui qui est là. Les technologies de communication veulent nous rapprocher, oui, mais notre utilisation ne fait pas seulement en sorte qu’on nie l’espace, mais crée en nous le désir de le conquérir. De nous montrer plus fort que lui. D’une certaine façon, on se montre supérieur à Dieu. Le téléphone intelligent nous permet de nous abstraire du plan cartésien du réel, c’est-à-dire des axes des x, des y et des z qui gèrent le 3D du monde. C’est une porte par laquelle on passe d’une matrice à une autre, où les corps et l’espace sont des questions obsolètes : un Québécois et une Suisse se retrouvent tout à coup dans la même chambre.

Je me souviens du premier fax que ma mère a reçu : on y voyait un dessin que ma cousine, une Texane, lui avait envoyé. Même si l’image était pixélisée, elle jubilait. Le monde venait de se plier pour faire passer un dessin d’enfant du Texas à Valleyfield. C’est notre jubilation devant ces plis, je crois, qui nous fascinent et nous émerveillent. C’est aussi ce qui fait en sorte que j’aime beaucoup mieux regarder mon ami qui se trouve à Buenos Aires dessiner le mot JUNKFOOD via l’application DrawSomething, que de sortir du papier et des crayons pour jouer autour d’une table.

La finalité de ces technologies, c’est peut-être de tellement plier le monde qu’il deviendra une boule chiffonnée: Hong Kong sera superposée à Longueuil et Paris. Nous serons alors partout à la fois, omniprésent. Comme à l’époque de la Tour de Babel, nous mettrons Dieu au défi.

Poster un commentaire

Vous devriez utiliser le HTML:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>