Le plaisir de l’illusion

photo 225x300 Le plaisir de l’illusion dieu est un dj insanë insane in sane insan e julien brun vincent de repentigny falk richter guillaume corbeilEn me dirigeant vers le local de répétition, je croise une publicité d’Apple, où un doigt sur un écran tactile tourne la page d’un livre virtuel. Tout y est, on dirait un vrai livre: le papier qui se plie, la pile des autres pages en dessous… sauf que le vrai livre n’est qu’une image. Si le géant de Sillicon Valley utilise cette image pour vendre son produit, c’est qu’on juge qu’elle évoque quelque chose chez le consommateur, qu’elle provoque une émotion ou une idée qui nous donne envie d’acheter la tablette électronique.

Beaucoup de l’émerveillement devant les Ipad repose sur ce plaisir de l’illusion. On n’éprouve aucune joie en tournant une véritable page, mais en tourner une fausse devient un argument de vente. Une application propose une flûte, les trous apparaissent sur l’écran tactile et le son se fait entendre lorsqu’on souffle dans le microphone, et si personne ne veut vraiment jouer de la flûte, ce faux-semblant nous ravit ; une autre application montre un verre de vin, et en penchant le téléphone, le liquide se verse et la coupe se vide. Notre plaisir ressemble en ce sens à celui que veut provoquer un spectacle de prestidigitation: quelque chose qu’on pourrait exprimer en parlant de l’émerveillement devant l’impossible devenu possible, le plaisir de croire en l’incroyable. Plus le faux ressemble au vrai, plus l’artificiel prend le masque du naturel, plus nous admirons, béats, les prouesses du virtuose. C’est aussi ce qui explique notre émerveillement devant les hologrammes au théâtre, alors qu’on jurerait que quelqu’un est là, devant nous – il est même en 3D –, tout en sachant qu’il n’y est pas vraiment. L’acteur ferait la même chose que l’hologramme que cela laisserait le spectateur indifférent bien que rien ne change dans la représentation.

Les télécommunications nous fascinent de la même façon. Elles nous offrent de parler à l’autre comme s’il était juste là, en face de nous, tout en n’y étant pas : le plaisir de la présence dans l’absence ; d’être face à face bien que 6 000 km nous séparent. C’est le fondement de la téléprésence et de notre spectacle : faire semblant qu’un acteur à Montréal et une actrice à Genève sont dans le même décor de la même pièce. Plus la frontière entre le vrai et le faux sera mince, plus notre plaisir sera grand. Mais la frontière doit demeurer : le jour où tombera le mur entre tourner une fausse page et une vraie, quand le vrai et le faux se confondront, l’expérience nous laissera indifférents. Pourquoi applaudir un magicien s’il y a des désormais des lapins dans tous les chapeaux du monde ?

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